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L'opéra de Wallonie démultiplie ses spectateurs grâce au Web


Une première mondiale à Liège : 6 caméras HD et 48 micros pour retransmettre un spectacle lyrique en direct sur Internet. Une remarquable utilisation d’Internet pour rendre la culture accessible à tous sans niveler la qualité.

 

Rendre la culture accessible à tous est un enjeu de société important. Ce défi est encore plus difficile pour les arts de la scène, et particulièrement pour l’opéra, qui souhaiterait tant que ses spectacles, si coûteux à mettre en scène, soient vu par le maximum de spectateurs malgré la taille limitée de la salle. Il est bien entendu possible de jouer dans des salles de plus grande capacité, mais c’est souvent au détriment de la qualité, ou alors de multiplier les représentations. Mais les disponibilités des infrastructures ainsi que des artistes sont limitées et des dates supplémentaires engendrent un surcoût significatif, difficilement conciliable avec des enveloppes budgétaires particulièrement peu extensibles. De plus, ces efforts risquent de ne pas être payants, car le public ne sera pas pour autant plus diversifié, sur le plan social et du point de vue de l’âge.

Internet, par nature international et ouvert, peut par contre être un excellent moyen d’atteindre cet objectif.

L’Opéra Royal de Wallonie en a pris le pari. Après avoir été parmi les premiers acteurs culturels wallons à proposer un service de billetterie en ligne voici une dizaine d’années, l’ORW propose depuis février 2010 d’assister en direct à plusieurs de ses spectacles lyriques par le biais d’Internet. En s’adjoignant les services de plusieurs sous-traitants spécialisés, seulement 4 mois ont été nécessaires pour concrétiser ce projet ambitieux.

Il s’agit là d’une première mondiale : encore aucun opéra ne permettait de suivre sur Internet, en temps réel, un tel spectacle culturel, presque comme si on y était.

Sur Internet, presque comme si on y était

L’option a été prise d’aller à contre-courant des vidéos généralement très médiocres que l’on peut dénicher gratuitement sur Internet, qui ne permettent guère d’apprécier une œuvre lyrique.

Le spectacle proposé en ligne est payant, mais à un prix très démocratique (4 €), comparable à la consultation d’un film sur une plate-forme de vidéo à la demande. Il peut même être visualisé en direct sans supplément.

La captation est assurée par des professionnels. Des moyens importants sont d’ailleurs déployés pour restituer le spectacle le plus fidèlement possible sur Internet :

  • 6 caméras haute définition
  • 48 micros : 24 fixes et 24 mobiles (sur les acteurs)
  • 10 techniciens en permanence.
  • 1 régie son et une régie vidéo
  • 2 serveurs situés dans 2 data-centers différents, en mesure de gérer un grand nombre de connexions simultanées, + 1 serveur de gestion des comptes clients
  • des espaces de stockage importants (ainsi 100 GB de données doivent être stockés pour chaque spectacle)

4 versions sont proposées, à partir de 2 caractéristiques :

  • qualité moyenne, pour les connexions peu rapides, ou plus haute définition ;
  • avec ou sans sous-titrages.

Ces 4 versions restent disponibles en ligne pendant un mois après le direct. La version de base des spectacles plus anciens est disponible gratuitement, ce qui permet aisément de se rendre compte du rendu audio-visuel.

L’Opéra de Wallonie plus international et plus proche des jeunes

Cette initiative s’inscrit pleinement dans la politique de l’ORW d’amener l’opéra dans un maximum de foyers, et de s’affranchir du carcan du millier de places physiques disponibles en salle.

Après les versions DVD, les retransmissions à la radio et à la TV, puis le succès rencontré par les diffusions en différé dans des salles de cinéma (La Traviata en 2009), c’est l’internaute que l’on souhaiterait atteindre, en proposant de regarder très facilement un opéra sur son écran d’ordinateur (et de plus en plus souvent sur un écran plat de salon connecté à l’ordinateur), à un prix nettement moins important qu’en salle.

Grâce à Internet, l’ORW souhaite :

  1. faire connaître ses spectacles à un public plus nombreux au delà des frontières de la Communauté française (en France, Espagne, Italie,…), et
  2. séduire les jeunes.

Pour faire connaître ce nouveau service, l’ORW a effectué une vaste campagne de communication, en particulier sur Internet.  Ainsi il a lancé un blog et l’alimente avec, notamment, des illustrations d’artistes, mais investit également les réseaux sociaux, très fréquentés par le public jeune ciblé.

Les moyens sont à la hauteur des ambitions. Plus de 25 000 € sont investis pour permettre aux internautes du monde entier de suivre le spectacle avec tant des images qu’un son de qualité professionnelle (débit de 1000 kbit/s pour la vidéo et 128 kbit/s pour le son).

A terme, l’Opéra souhaiterait multiplier par 5 son audience grâce à Internet. Mais, même si celui-ci devient de plus en plus un média de masse, beaucoup d’efforts de conviction devront être déployés pour atteindre ce résultat. Il faudra d’abord séduire l’internaute pour l’amener à s’intéresser en plus grand nombre à l’opéra. Et surtout, il faudra lui faire admettre le fait de payer pour assister au spectacle, alors qu’il a pris l’habitude de trouver presque tout contenu gratuitement sur Internet et s’en satisfait, même lorsque la qualité est médiocre. Ce défi n’est pas propre à l’opéra mais est partagé par l’ensemble des producteurs de contenus, qu’il s’agisse d’articles journalistiques, de conseils juridiques, de musique ou de films.

Heureusement les premiers frémissements d’évolution apparaissent. Un basculement plus sensible vers le mode payant pourrait même apparaître prochainement, compte tenu du développement de plateformes de vidéo à la demande. En effet, celles-ci apportent le confort qui manque tant aux solutions actuelles et fédèrent un contenu de plus en plus large, et pourquoi pas bientôt des œuvres lyriques, de même qu’un catalogue d’autres représentations culturelles. Car gageons que cette initiative fera des émules dans le secteur.

Site www.operalive.org

Rédaction : Damien Jacob (mars 2010)