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Une soixantaine de “labels TIC” existent en France.

Ces initiatives de « compétitions » organisées dans le domaine des TIC poursuivent un objectif général de stimulation du progrès, à l’exclusion des compétitions purement commerciales. Ce progrès peut être atteint par l’innovation, tant technologique que stratégique, ou par la performance, tant quantitative que qualitative.

Une grande diversité de “Labels TIC” a été observée.

Beaucoup de ces labels sont portés par des institutions publiques. Les objectifs poursuivis peuvent être les plus variés : la cohésion régionale en luttant contre la fracture numérique, le développement régional endogène en stimulant tant les acteurs régionaux du secteur TIC que le tissu économique dans son ensemble (entreprises, collectivités, citoyens) en vue de structurer le marché, le développement exogène en augmentant l’attractivité de son territoire par des actions médiatiques ou incitatives traduisant un dynamisme

Objectif n°1 : La lutte contre la fracture numérique

Si l’adoption de certaines nouvelles technologies ne concerne qu’un secteur particulier (par exemple l’aérospatial), les TIC sont des outils transversaux, qui peuvent servir à presque tous. Leur maîtrise est de plus en plus nécessaire pour obtenir un travail (ou le conserver), mais aussi à des fins sociales et privées. En appui à des politiques publiques en la matière, il est apparu adéquat de veiller à ce que les usagers adoptent les TIC et surtout qu’ils ne soient pas victimes d’une « fracture numérique » ; En effet, un retard dans l’adoption des TIC peut engendrer un certain handicap à terme, dans la vie professionnelle mais aussi dans la vie sociale.

Ces politiques ciblent plus particulièrement les citoyens qui rencontrent des difficultés à adopter les TIC, pour des raisons financières, d’accessibilité, d’éducation,… Mais d’autres initiatives visent aussi les très petites entreprises (TPE), qui, si elles sont de mieux en mieux équipées, adoptent fréquemment des pratiques encore peu avancées et n’en tirent donc pas encore pleinement partie, contrairement aux sociétés de plus grande importance.

Certains promoteurs ont opté pour une forme de « labels » à ces politiques, dans l’optique de fixer une norme minimale au dispositif d’appropriation ou de formation proposé, en terme par exemple de cadre d’accompagnement (personnel de formation, équipement), et de niveau de savoir-faire qui doit être atteint au terme de la formation.

Ces politiques peuvent être déployées sur le terrain à tous les échelons territoriaux, mais certaines d’entre elles trouvent leur genèse au niveau national, avec fréquemment l’application d’une approche par « subsidiarité » : l’Etat définit le cadre (et donc les normes du « label »), apporte le support, et parfois un incitant financier, tandis que les collectivités et les consulaires assurent la mise en œuvre avec généralement l’autonomie suffisante pour pouvoir amplifier le dispositif sur le terrain, en le contextualisant précisément. Généralement, c’est le pouvoir subsidiant qui « labellise ».

Exemple : Le dispositif « cyberbase » (http://www.cyber-base.org), établi par la Caisse des Dépôts et Consignation. Celle-ci l’a, à ce jour, décerné à près d’un millier d’Espaces Publics Numériques (EPN), où le citoyen peut découvrir Internet, s’autoformer à son utilisation en bénéficiant d’un accompagnement.

Objectif n°2 :  Le développement endogène

Si quelques labels s’inscrivent dans des politiques de lutte contre la fracture numérique, l’essentiel relève des politiques de développement régional endogène.

2 approches peuvent être poursuivies, parfois séparément, mais idéalement plutôt de façon concomitante :

  1. le développement d’usages avancés des TIC par les différents composants du tissu économique (entreprises, collectivités, citoyens)
  2. et le développement de la filière TIC.

2.1. Développement des usages (avancés)

Cet objectif peut être poursuivi dans le cadre des politiques publiques en matière d’employabilité et de formation, en matière de simplification administrative, ou encore en matière de développement économique.

2.1.1. Emploi & formation

Les initiatives en la matière prennent généralement la forme de concours. Elles peuvent primer soit des personnes, soit des institutions d’enseignement ou de formation (Ecoles,…).

2.1.2. E-Administration

Plusieurs initiatives visent à primer les usages avancés des TIC dans le secteur public. Plusieurs « labels » se positionnent maintenant sur ce créneau, portés fréquemment par un organisateur d’événement dans le domaine des TIC en partenariat avec une ou plusieurs collectivités. Ils ambitionnent une portée nationale, voire internationale. Citons par exemple le label « territoire innovant » appuyé par la Région Rhône-Alpes, et les « trophées de l’Innovation Territoriale » appuyés par la Région Auvergne.

Le nombre grandissant d’initiatives de ce genre déforce quelque peu le concept de « label » et réduit leur crédit, bien que chacun cherche à se distinguer en adoptant un légitime angle original. Ainsi, être lauréat dans un seul concours n’a pas suffisamment de poids, au point que des récipiendaires se portent candidats dans plusieurs d’entre eux, dans l’espoir de donner une visibilité maximale à la réalisation qu’ils défendent.

S’il parait préférable qu’il y en ait moins pour donner plus de visibilité aux meilleures pratiques, il faut néanmoins constater que les labels existants trouvent leur public, à en juger par le nombre de candidatures et participations aux événements de remise de ces prix. Les lauréats ne s’en plaignent guère et au contraire sont ravis de communiquer dans leur région sur cette distinction. Globalement, l’objectif est atteint, puisque de très nombreuses bonnes pratiques font l’objet d’un coup de projecteur et peuvent servir d’exemples.

Dans ce domaine, une approche a semblé assez pertinente : mettre en œuvre un concours par métiers dans le secteur public (ex : le concours des 24 heures du SIG, applications de compta publique ou applications de contrôle de légalité). Même si les projets primés ont une portée limitée, ils ont un impact important pour toutes les personnes exerçant ce métier.

2.1.3. E-Entreprises

Les entreprises constituent un autre public cible. Au delà des actions de sensibilisation des PME aux TIC, des politiques publiques de développement économique visent à stimuler un usage avancé des technologies. Pour faciliter cette stimulation, des prix peuvent être lancés pour primer des usages remarquables, en particulier ceux de nature innovante. Par la médiatisation de ces meilleures pratiques, les promoteurs espèrent que d’autres entreprises les prendront en exemple. Ils attendent ainsi une plus rapide propagation de ces usages dans le tissu économique régional.

Mais les acteurs publics ne sont pas les seuls à organiser de tels prix. Des fédérations professionnelles, des sociétés de consultance, des organisateurs de salons, des éditeurs de revue, voire même de grandes sociétés du secteur TIC en lancent également, dans l’optique de donner plus de visibilité à leur secteur ou à l’écosystème de sociétés qui gravitent autour d’eux.

L’E-commerce

Un domaine particulièrement bien couvert est l’e-commerce, où l’on trouve des promoteurs publics mais aussi et surtout privés. plus de 6 initiatives différentes ont été repérées, au moins 3 organisations pérennes de niveau national et près d’une quarantaine de sociétés primées chaque année. Il semble que malgré leur nombre, celles-ci estiment avoir bénéficié de retombées commerciales suffisamment intéressantes à la suite de la remise de prix. Le seuil de saturation médiatique est toutefois probablement proche, s’il n’est pas déjà atteint. Probablement assistera-t-on dans les prochaines années à un regroupement d’organisations.

Malgré le dynamisme du secteur privé en la matière, il reste parfois opportun pour la collectivité de lancer des initiatives complémentaires. Ainsi la CCI Grand Lille a lancé les « e-Commerce Stars » (devenus depuis 2012 les “Digital Commerce Stars”) dans l’optique de donner un coup de projecteur aux e-commerçants de sa région, qui a une longue histoire en matière de vente à distance. Elle a élargi l’initiative aux régions transfrontalières. Ainsi, ce concours n’interfère pas avec les initiatives nationales et donnent la possibilité à des sociétés dynamiques régionales, qui n’ont pas forcément une grande envergure, de se faire connaître, tout en facilitant la propagation des bonnes pratiques au niveau régional.

Outre la remise de prix, le concept de « label » est également utilisé dans ce secteur pour créer un climat de confiance au niveau de l’utilisateur quant au sérieux du site de commerce électronique. des labels se positionnent dans la vérification de la conformité de tels sites par rapport à une batterie de critères  (ex : « Label 3C », logo « FIA-NET »)

 2.2. Animation économique de la filière TIC

Le développement des TIC passe par la stimulation de la demande, mais aussi par le dynamisme de l’offre.

L’animation économique de la filière TIC joue donc également un rôle clé. Elle peut se concrétiser notamment par des actions de stimulation de l’innovation de la création de start-up ainsi que par la recherche d’une excellence professionnelle dans la filière.

2.2.1.       Stimulation de l’innovation et des start-up :

Les prix sont également lancés pour susciter cette stimulation. Un constat semblable à celui établi pour les prix « e-commerce » peut être tiré : de multiples promoteurs (publics et privés), et beaucoup (trop) d’initiatives de distinctions. De plus il n’est pas certain que les meilleures innovations soient primées, car toutes n’ont pas forcément pour vocation à être largement médiatisées dès leur lancement pour des raisons stratégiques, de sorte que certaines sociétés innovantes ne présentent pas de dossiers de candidature.

Certains prix sont plus ciblés et priment notamment des solutions TIC déterminées comme des solutions libres, des solutions SaaS (Software as a service), des solutions mobiles,… Il s’agit généralement d’initiatives purement privées.

Relevons parmi les initiatives intéressantes les « Carrefours des Possibles » ® lancés par l’association FING (Fondation Internet Nouvelle Génération). S’il s’agit d’une marque, l’initiative ne s’apparente pas directement à un label. Un jury présélectionne, parmi des candidatures volontaires ou suscitées d’entreprises régionales, un certain nombre de projets diversifiés (généralement une dizaine) qui méritent d’être présentés publiquement lors d’une manifestation bénéficiant d’une bonne visibilité régionale et d’un public varié : des étudiants, des acteurs publics et des professionnels, notamment des business angels susceptibles d’aider le porteur de projet à concrétiser celui-ci. L’originalité, l’ouverture d’esprit (les projets ne doivent pas forcément démontrer leur rentabilité financière future), la diversité de la sélection, la qualité de l’organisation et l’ambiance informelle et conviviale des présentations visant le « réseautage » contribuent à la renommée de ce concept qui se déploie dans un nombre croissant de régions (une dizaine actuellement), et qui envisage maintenant un développement international.

2.2.2.       Excellence professionnelle – Augmentation de la confiance – Déontologie

Au-delà de primer les sociétés les plus dynamiques, un enjeu existe à monter le niveau de professionnalisme de la filière prise dans son ensemble. Le secteur étant récent et non soumis à des restrictions légales d’accès à la profession, des niveaux très variables de compétences et de viabilité commerciale sont observés. Les clients mécontents ayant tendance à en parler nettement plus que les satisfaits, un climat de méfiance à l’égard des fournisseurs TIC peut s’instaurer.

a)  Relation des professionnels au sein de la filière TIC

Des initiatives ont dès lors été lancées pour distinguer les entreprises qui s’engagent à observer de bonnes pratiques professionnelles.

L’action la plus aboutie au niveau du marché BtoB est la « Charte eTIC »®, mise en place par la CCI du Valenciennois, en réponse à une demande du terrain : les membres de son club « e-entreprises » qui souhaitaient fournir, sur base volontaire, des gages de sérieux auprès de leur clientèle. S’inspirant étroitement d’une initiative menée en Belgique et au Grand Duché de Luxembourg, à laquelle ont adhéré plus de 1000 entreprises du secteur TIC, la CCI a établi une charte déontologique quasi identique reprenant des principes de bonne communication entre un client professionnel (une PME, une collectivité) et un fournisseur TIC (développeur de sites Web, référenceur,…), dans l’optique d’éviter les malentendus sources de conflits. L’approche est légère sur le plan financier et organisationnel : il s’agit d’un engagement sur l’honneur à respecter ce code déontologique. Il n’y a pas de contrôle a priori, puisque l’entreprise peut décider d’abandonner des mauvaises pratiques employées précédemment. Par contre, un système de gestion des plaintes des clients est mis en place, privilégiant la conciliation, tout en permettant, le cas échéant, de sanctionner le fournisseur fautif par le retrait du droit d’utiliser la marque déposée « eTIC » sous-jacente à ce dispositif. L’expérience belge a montré que de nombreux conflits ont pu être réglés de la sorte à la satisfaction du client, ce qui a évité des recours en justice, et que les pratiques professionnelles évoluent progressivement vers le haut. Cette Charte a été étendue à l’ensemble de la région Nord-Pas de Calais depuis 2009, et couvre maintenant aussi les régions Alsace, Bourgogne, Basse-Normandie, Haute-Normandie, Lorraine, PACA, et Picardie. Ce développement permet de capitaliser au niveau médiatique et de créer un réseau de confiance étendu, y compris sur le plan international, étant donné l’existence d’un accord de reconnaissance avec le Benelux.

b) Relation entre la filière TIC et les consommateurs

D’autres labels ciblent plutôt les relations entre la filière TIC et les consommateurs (particuliers). Plusieurs chartes ont été établies, avec la possibilité pour leurs signataires de pouvoir apposer sur leur site Internet le logo correspondant. Notons plus particulièrement les chartes des comparateurs de prix et des plates-formes de vente entre Internautes, ainsi que les chartes pour les sites d’e-commerce précédemment citées. Ces initiatives sont généralement portées par une association professionnelle (ex : FEVAD). Elles rencontrent la difficulté de se faire connaître auprès du grand public et surtout d’expliquer les engagements précis qu’elles recouvrent, ce qui nécessite l’emploi de médias de communication coûteux.

Objectif n° 3 : Le développement exogène et l’aménagement du territoire

Enfin, des initiatives de labels sont plus positionnées sur un 3e type d’objectif : l’aménagement et l’attractivité du territoire et la promotion de celui-ci.

Citons le « Label Zone d’activité très haut débit ». qui vise à caractériser l’existence de conditions favorables à la présence d’offres très haut débit sur une zone d’activité économique. L’objectif est de mettre en évidence l’intérêt de s’installer en un lieu où il existe un choix entre les offres très haut débit, et donc la possibilité de faire jouer la concurrence et/ou bénéficier de solutions de liaisons via des réseaux de télécommunication distincts. Ce label peut intervenir au niveau de l’attractivité territoriale pour des investisseurs économiques.

Panaché d’objectifs

Cette présentation des « labels » selon les objectifs et les publics ciblés ne doit bien entendu pas occulter le fait que de nombreux promoteurs de telles initiatives poursuivent plusieurs objectifs et/ou plusieurs publics. Parfois cette caractéristique peut même être la composante clé du succès de ces initiatives.

Relevons notamment les « Trophées de l’Economie numérique », fondés par La Mêlée, l’association fédératrice des acteurs de l’économie numérique en Midi-Pyrénées.

Ce présent dossier est une actualisation, en septembre 2013, d’une note de synthèse établie en 2010 par Damien Jacob à la demande de l’association « Observatoire des Territoires Numériques (OTeN) », dont le patrimoine numérique a été maintenant repris par l’Association « Ville Internet ». La version initiale est consultable à l’adresse http://oten.fr/?Les-Labels-TIC-leviers-du

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